Eros en son absence

Eros en son absence

Un récit où l’émotion érotique, ses crues et ses tarissements, entrelace ce qu’elle a d’indicible à deux autres champs où les mots manquent : la mystique et la musique. De la fluidité où les corps harmonisent leurs rythmes jusqu’à ces états où l’on se finit hors de soi, les métaphores s’incarnent et le verbe se fait chair.

Passant d’un homme à une femme avant de revenir au premier, la narratrice s’initie à un Kama Sutra verlainien : “de la musique avant toute chose”. Par là elle rejoint l’esthétique des musiciens baroques, où l’ornement se révèle l’essentiel, et la nuance plus puissante que la force.

La transcription, donc, d’une cantate de Bach en caresses.


Extrait : 

Je m’arrête, tétanisée, mais elle me tire, en riant, comme elle tirerait vers la vie un mourant, il y a tant de vie en elle, et de désir, ces vagues pourraient, à tout instant, nous faire déraper, mais elle ne pense qu’à profiter de ce bras qui la serre. “Accrochez-vous, accrochez-vous à moi !”, se croit-elle vraiment infaillible, face à la mort ou à ma peur ? “J’aime !” – je l’aurais parié – “j’aime ce vent !”, si violent qu’elle doit crier. Cette mer, il est vrai, fut-elle jamais si belle, si violemment bleue, il est vrai que je la vois comme pour la première fois, et me mets à l’aimer, violemment, comme je désire M., comme si je n’aimais que ce qui me terrorise. Brusquement elle me saisit la nuque, et m’oblige à regarder le gouffre, je devrais fermer les yeux mais je ne peux pas, c’est trop beau, la tête commence à me tourner, je vais tomber, qui sait si elle me retiendra – mais maintenant c’est elle qui me serre le bras, à le broyer.